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Lavinia / Ursula K. Le Guin
[Livre]
Edité par l'Atalante
2016
Je ne mourrai pas. De cela je suis assez certaine. Ma vie est trop contingente pour conduire à l'absolu de la mort. Pourtant, s'il me faut continuer à exister au cours des siècles, qu'une fois au moins je me libère et que je parle.Ma mère était folle mais je ne l'étais pas. Mon père était vieux mais j'étais jeune. Comme Hélène de Sparte j'ai causé une guerre. La sienne, ce fut en se laissant prendre par les hommes qui la voulaient ; la mienne, en refusant d'être donnée, d'être prise, en choisissant mon homme et mon destin. L'homme était illustre, le destin obscur : un bon équilibre. Comme les autres Classiques de l'imaginaire en Fiscagomma, il s'agit d'un livre qui puise à la source de textes fondateurs de notre civilisation.L'Enéide, oeuvre poétique colossale et inachevée écrite par le poète latin Virgile entre 29 et 19 av J.-C., déroule les aventures du Troyen Enée, de sa fuite de Troie jusqu'à son arrivée dans le Latium, et son union avec Lavinia, fille du roi Latinus.C'est à cette dernière que s'intéresse Ursula Le Guin : alors que ce personnage est à peine évoqué dans l'Enéide, elle devient la narratrice du roman. Le récit démarre à la dernière partie du poème de Virgile et se poursuit après la mort d'Enée. Les guerres et les batailles passent au second plan, supplantées par les intrigues familiales, la diplomatie et la soumission aux oracles et prophéties.Le roman est écrit à la première personne, Le Guin donnant vraiment la parole à Lavinia. Laquelle va transformer sa condition en destin et faire une vie de son choix. Et cela dans la douceur amère et la passion maîtrisée que suscite son improbable position : elle se veut libre mais tout est écrit - Lavinia est visitée en rêve par le poète qui lui conte (depuis le futur) son écriture de l'Enéide.Là se situe la réussite du roman : cette femme humble, soumise aux coutumes de son époque et pacifiste, va accepter d'être à l'origine d'une guerre en acceptant d'épouser Enée, l'étranger, persuaduée par une suite de rêves prémonitoires que ce destin-là est meilleur pour l'avenir de son peuple.Le Guin est ethnologue. Elle ne traite pas de la guerre de Troie ni de la fondation de Rome qui ne coïncident pas historiquement d'ailleurs, mais se sert du contexte de la société pré-romaine décrite de manière très détaillée pour éclairer les rôles des hommes et des femmes qui, quoique très différenciés, étaient associés et faisaient de la condition de chacun un élément à part entière d'une société parfaitement codifiée.Au travers de la vie de tous les jours des femmes entourant Lavinia et de Lavinia elle-même, nous en apprenons beaucoup sur les liens qui se tissent entre les différentes classes de la société, mais aussi sur les croyances et la façon de vivre de cette époque. Une vie près de la nature, le sacré imprégnant, par ses rites, chaque geste du quotidien.Les couleurs, les odeurs, les sons, rien ne manque.Ursula Le Guin nous invite à un voyage dans le passé, quelque part entre mythe et réalité. Une pause enchanteresse et bucolique, une parenthèse empreinte de poésie et de lyrisme - avant la guerre.
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Avis
Avis des professionnels
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L'Énéïde par les yeux d'une femme.
J'ai eu du mal à entrer dans ce roman. Pourtant, une fois dedans, impossible de m'arrêter. Découvrir ou redécouvrir cette grande fresque antique par les yeux de l'un des personnages les moins mis en avant est une superbe idée d'Ursula K. Le Guin. Documentée, s'appuyant autant sur le texte original que sur des données archéologiques, l'auteure nous propose ici une version probable de ce qui aurait pu se passer. Pourtant, tout au long de la lecture, elle fait subsister le doute : Lavinia est-elle réellement en train de vivre ces événements, ou ne fait-elle que subir ce que le poète a écrit ? Car la jeune reine a conscience d'être un personnage de poème. Suivre Lavinia jusqu'à la dernière page, traverser avec elle la sidération, l'amour, le deuil, l'angoisse, la joie, la fin, ne laisse pas indifférent. Alors, certes, j'ai eu un peu de mal à entrer dans cette lecture, mais elle renferme une perle pour qui aura la patience de l'ouvrir.
Anaïs ROMA - Le 01 juillet 2026 à 11:08